Documentaire
08
Fév
2005

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

marie guerre civile russe histoire livre

Bien qu'effacée méthodiquement par le stalinisme lors de procès fantoches entre 1936 et 1938 à l'instar de nombre de faits historiques avérés,

l'existence des armées vertes est évoquée à même hauteur que celle des rouges et les blanches par l'auteur, spécialiste de la Russie et de son histoire.

Du 26 octobre 1917, quand tombe le palais d'hiver (siège du gouvernement provisoire) entre les mains des gardes rouges bolcheviques, jusqu'à l'été 1922, la guerre aura détruit quasiment tout le pays de plus assiégé par la famine en 1921.

Ce livre « vise […], à travers les témoignages et les documents des divers protagonistes, à […] donner une image vraie, à reconstituer certains de ses événements essentiels et à restituer l’atmosphère d'une guerre civile » aux rebondissements incessants : trahisons innombrables et massacres horribles, erreurs tactiques et miracles incroyables pour contrebalancer, Jean-Jacques Marie fait un remarquable boulot le long d’une chronologie infernale à tout point de vue, compliquée d’abord par les immiscions étrangères, les attentats terroristes et les gouvernements qui sautent comme qui rigole, puis, tant les factions sont nombreuses et parfois à géométrie méchamment variable, les rivalités entraînent de nouveaux conflits aux conséquences désastreuses auxquelles s’ajouteront les épidémies.

Chaque belligérant a ses causes et ses responsabilités : les Blancs incarnent le nationalisme en partie enflammé par la paix séparée avec l’Allemagne et l’exécution de la famille impériale, mais aussi un antisémitisme sauvage que les Verts, en premier lieu hostiles à la conscription et aux réquisitions des récoltes, ressentiront aussi, particulièrement lors des révoltes anticommunistes. Les Rouges, comme les autres, souffriront des divisions et des désertions (« le dénuement, la faim, le froid, facilitent le passage d'un camp à l'autre ») mais finiront par l'emporter de justesse car si les paysans ont de nombreuses raisons de détester les bolchéviques, ils ne se soulèveront pas en masse contre eux, l'armée blanche se rend en effet coupable de bien plus de pillages et traîne dans ses chariots ces riches propriétaires terriens voulant récupérer leurs biens. Ce qui signera sa perte.

D’abord circonscrite autour du chemin de fer à cause de l'immensité du théâtre d'opérations, la guerre s’installe ensuite partout ailleurs. Ce ne sont seulement que les premières pages d'un hallucinant catalogue de souffrances indicibles, le calvaire d'un peuple qui sera prolongé par la dictature de Staline qu'on aurait bien vu au fond d'une marmite de « soupe de communistes » dont les Cosaques, jamais à court d'idées quand il s'agit de faire souffrir les ennemis, étaient devenus les spécialistes : faire bouillir les uns et les donner à manger aux autres qui n’avaient d'autre choix que de s'exécuter. Car il se trouve que la plupart du temps, sur chaque ligne des livres d'histoire on peut comprendre une vérité : c'est rarement les chefs qui souffrent le plus des guerres qu'ils ont déclenchées, ce ne serait que justice qu'ils s'affrontent dans une arène à la place des malheureux taureaux, ça ferait des vacances au peuple et un chouette spectacle pour les soirées d'ennui.

Pour prolonger le récit aussi terrible que passionnant, l'auteur a joint une chronologie des faits, des notices biographiques et un glossaire (citons au moins Lénine, Trotsky, Makhno - dont les actions se confondent ici avec celles des armées vertes -, Koltchak, Wrangel, Dénikine, Ungern).

276 pages avec quelques illustrations en noir et blanc, 19 €

ISBN : 2286009848

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