Une petite contribution ?

Chroniques DVD
29
Mar
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : film à sketches

Comme tout un tas de trucs dans la vie comme vous aurez pu le remarquer avec tous ces articles, il y a des choses que nous n'aimons pas par principe car elles n'apportent quasiment jamais la preuve d'une quelconque réussite. Quelques rares exceptions (italiennes surtout) confirmant la règle, le film à sketches est donc quelque chose que nous tentons souvent d'éviter, et celui-là, malgré un incroyable casting de réalisateurs, d'acteurs et d'auteurs 1, n’échappe pas vraiment aux bâillements de rigueur : si le propos se veut malicieux (et féministe à sa manière), dommage qu'à la longue, il devienne ennuyeux (plus de deux heures et six séquences, c’est long). Mais, tant qu’à y être, procédons par ordre pour présenter la chose. Ça commence fort avec cette histoire d'enfants « hésitants » entre filles et garçons qui aurait sûrement déclenché ces jours-ci une vague de protestations sur les réseaux sociaux et pour une fois on n’aurait pas trouvé ça très con, mais l’humour, comme les rotules, peut parfois très mal vieillir. Bon, en attendant, ce sont des filles dont on parle, le collège des scénaristes et réalisateurs du film se sont basés sur une enquête de l'IFOP et c'est parti pour, entrecoupés de petites parties animées, divers chapitres à propos de diverses époques et circonstances de la vie, on commence bien sûr par L'Enfance.

Le premier chapitre qui l’aborde est réalisé par Henri Decoin avec pour interpréter les personnages de joyeux drilles comme Paulette Dubost, Micheline Dax (la plus vieille profession du monde et la classe incarnée dans la même robe), Darry Cowl (l’instituteur qu’il ne fallait PAS avoir), Jacques Duby ou encore le vitupéreur en chef Noël Roquevert. En revenant de l’école, les enfants Bazouche, fille et garçon, ne peuvent s'empêcher de se disputer sur le trottoir : la fille se demande comment les enfants naissent, les parents sont bien embêtés et ne trouvent rien de mieux que de la faire taire, cependant dès qu'elle a le dos tourné, ils s'empressent d'aller poser des questions à ceux qui savent l’expliquer proprement, par exemple le professeur, la dame à côté, la prostituée, tout un tas de personnes qui ne se révéleront pas plus doués en la matière, les acteurs cabotinent comme on s'y attendait au départ et c'est très agréable même si ça ne vole pas haut, comme dans beaucoup de films comiques de l'époque. Et on ne reprochera pas à l’équipe de ne pas soulever un vrai problème de société, à une époque pas si lointaine où le dialogue avec les enfants se limitait au strict minimum de ce qu’il était « bien vu » de bien vouloir révéler, une belle génération coincée du cul à venir !

Ensuite vient le thème de L'Adolescence réalisé par Jean Delannoy (sur un scénario de Louise de Vilmorin entre autres) et mis en musique par Paul Misraki avec cette fois-ci à l'affiche Sophie Desmarets, Pierre Mondy et Roger Pierre : l’évolution vestimentaire d'une adolescente met déjà quotidiennement les parents sur des charbons ardents et pourtant il n'y a pas que ses fringues que les parents devraient avoir à l’œil puisque la société dans son ensemble pousse les adolescents à la découverte du corps des autres, n’y a qu’à voir le cinéma, les romans-photo et autres amoureux des bancs publics ! Bichette a reçu son premier baiser et si sa mère le devine avec une certaine tendresse, son père veut réagir, d’autant qu’elle ne se contente visiblement pas d’un seul candidat à son étude labiale. Pierre Mondy est toujours aussi drôle quand il essaye d'exercer une autorité qu'il n'est pas capable d'exercer, il est aussi très drôle avec ce duel qui oppose ce père complètement dépassé par la nouvelle génération au poste de radio (voix du narrateur et de la conscience en général) qui en plus semblé doté de la liberté de mouvement. Peu importent les méthodes en fait, les choses de la vie se font sans votre avis, surtout si traîne dans le quartier un jeune Roger Pierre visiblement irrésistible !

Le cas épineux de La Virginité, et accessoirement de sa perte, est ensuite confié aux grands soins de Michel Boisrond avec cette fois comme acteurs principaux les moins connus Valérie Lagrange et Pierre Michael : quand son couple se construit de plus en plus officiellement (où est passé le temps des fiançailles Madame-Monsieur ?!), voilà que l'homme trop pressé fait le forcing pour que la jeune femme devienne une femme tout court, l'homme boude ensuite fatalement quand la femme met un coup de frein mais elle écoute aussi les sottises de ses collègues plus précoces qui ont déjà perdu leur « fleur »… Tous ces faits amènent celle qui se sent en retard ou coincée au stratagème pour rejoindre un jour, après tout tant pis, l'être aimé qui se révèle finalement bien moins pressé qu’il n’y paraissait une fois une chambre à coucher mise à disposition pour les tourtereaux, c’est beau l’amour de deux jeunes très mignons quand le respect de l’autre et de sa personnalité profonde est pris en compte. La faute à une société un brin déjantée, on en vient presque à penser que le film fut tourné au Moyen-Âge tant entendre causer les mioches dans la rue te choquerait presque avec ta canne et ton chapeau, comme une sorte de Dupondt qui se serait gouré d’album et débarquerait dans un Manara parfumé aux poppers.

René Clair s'occupe du segment Le Mariage et y fait évoluer Marie-José Nat, Claude Rich, Jacques Fabbri, Jacques Marin et Yves Robert. Ah ça, pour un prétendant, un fiancé, un marié (généralement d’un naturel très agaçant), on peut toujours appeler l’impeccable Claude Rich qui se montre toujours délicieux dans ce genre de rôle (on peut d’ailleurs se demander combien de fois il s'est marié au cinéma) mais là, il faut avouer que ça ne dure pas. En effet, les époux filent enfin loin des pesantes familles et des envahissants amis, sont juste à l'heure pour le départ du train, le photographe a juste le temps de leur glisser par la fenêtre leurs photos de cérémonie ! Mais Monsieur est très « affamé », dépité puis amer quand Madame préfère regarder les photos, il est surexcité, elle est fatiguée, les deux marchent sur des œufs pour ne pas se disputer en ce jour si particulier, mais en même temps ils se cherchent aussi des poux, peut-être pour entrevoir un peu ce dont leur futur commun sera fait ? La lune de miel se transformera-t-elle en scène de ménage ? Ce voyageur entreprenant (Yves Robert, irrésistible) ne risque-t-il pas de tout fiche parterre d’autant qu’il se fout complètement de la présence de l’époux dans le compartiment ? Au train où vont les choses, il y a de quoi se poser la question !

L’Adultère a également droit à une équipe de choc : le scénario est signé France Roche, les dialogues Michel Audiard, la réalisation Henri Verneuil et encore un beau panel d’acteurs vient se prêter aux jeux de l’amour et du hasard (ou presque) : la délicieuse Dany Robin, le stakhanoviste Jean-Paul Belmondo (aussi séduisant que d'habitude mais surtout très drôle par exemple quand il est interprète les gestes de la dame en grand stratège de la drague), Paul Meurisse et Claude Piéplu (excellent comme le plus souvent quand on le colle dans la peau d’un bourge obséquieux). Le top, c’est quand cet affrontement de voix intérieures qui répondent franchement mais en silence aux tirades du conjoint las. Car oui, quand les petites habitudes, souvent disgracieuses, du quotidien, perdent au fur et à mesure de ce charme étrange dont elles sont entourées au début, on commence à se sentir meuble, délaissé(e), et on n’hésite plus à regarder ailleurs, d’abord pour le plaisir des yeux, mais ensuite et surtout parce que d’autres trouvent charme et beauté à quelqu’un qui n’y croyait plus. Mais si l’un commence ce petit jeu, l’autre ne peut-il pas s’asseoir à la même table et s’adonner lui / elle aussi à la partie ? Sauf qu’à ce genre de jeu dangereux, c’est souvent tout le monde qui perd. Ou presque…

Le Divorce, scénarisé et dialogué par Charles Spaak, est réalisé par Christian-Jaque qui convoque ni plus ni moins qu’Annie Girardot, François Périer, Francis Blanche, Jean Poiret et Michel Serrault, du costaud ! Michel / François Périer regarde des souvenirs sur écran qu’il ne peut plus toucher du bout du doigt, qu'elle était belle Danielle / Annie Girardot, dommage qu’elle fasse désormais chambre à part. Du coup, après tout, pourquoi ne divorceraient-ils pas ? Sauf qu’une fois chez l’avocat ils n'ont pas de motif sérieux pour le faire ! Un comble ! « Trompez-vous d'abord et on verra après », il en a de bonnes, l’avocat. Ils vont voir rapidement, eux qui ne se reprochent pas vraiment grand chose en vérité et s’entendent plutôt bien, que leur entourage s’avère beaucoup plus sauvage que leurs éventuels désaccords. De petits effets sur les images rigolos (comme ces objets qui apparaissent et disparaissent de manière cartoon quand la belle-mère coriace - merveilleuse Denise Grey - fait l’inventaire de ce que sa fille va pouvoir emporter de chez ce gendre qu’elle a tôt fait de prendre en grippe. Le choix de Michel Serrault et Jean Poiret en avoués des futurs ex-époux est magistral, personne ne peut en France à l’époque avoir un jeu si vif et complémentaire !

La Femme seule, sur une idée de Marcel Aymé, dialogué et réalisé par Jean-Paul Le Chanois, figure la dernière brochette d’acteurs : Martine Carol, Silvia Monfort et Robert Lamoureux entre autres. Ce dernier est délicieux, ne porte-t-il pas le nom parfait pour jouer un habile gigolo pour femme seule se retrouvant au tribunal après une affaire délicate où trois femmes étaient en concurrence ? Ce dernier sketch résume un peu le fil rouge de tout le film, la femme est belle, souriante, diplomate, douce, blablabla, il ne faut tout de même l’emmerder outre-mesure because elle aussi peut se montrer joueuse et cruelle quand on la prend pour une grue décérébrée. Et comme il y a toujours un crétin pour tenter de prouver qu’il est le plus malin, la chatte prendra plus de plaisir encore à jouer avec sa petite proie pétrie d’orgueil et de vénalité. Martine Carol a un visage de rêve qui joue très bien les contrastes, Silvia Monfort ferait plus flipper qu’autre chose avec son physique si particulier, mais la beauté, c’est bien connu, est intérieure. Tout comme les magouilles d’un Robert Lamoureux qui n’a pas son pareil pour jouer les roublards voulant passer pour les innocents de service. L’innocence n’est pas un excuse apprendra-t-il, et, deuxième leçon, l’amour ne pardonne pas !

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