Chroniques DVD
01
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : la beauté du Diable au service de Dieu

Scénar : une voix intérieure commence à raconter l'histoire, celle d'une femme, Barny, qui découvre que sa ville est soudain occupée par les soldats italiens, ces derniers n'ont pas l'air fin avec leurs plumes sur leurs chapeaux et leurs défilés au pas de gymnastique dignes d'une armée romaine de dessin animé. Pourtant l’Occupation n'est pas temps à rire. Exerçant le métier de correctrice pour une école de devoirs par correspondance, elle est sans honte aucune sous le charme de la secrétaire de direction qui lui fait l'effet d'un personnage exotique, une séduisante « amazone » bien qu’elle n'éprouvasse rien de concret pour une femme. L’arrivée annoncée des Allemands change la donne : si certaines sont prêtes à leur sourire, d'autres préfèreraient mourir. Les bottes commencent à claquer sur le pavé et l'ambiance n'est plus du tout la même, les feldgrau laissent planer leur oriflamme honni sur les murs de la ville et Barny et ses amies décident de faire baptiser leurs enfants (demi-juifs selon les infâmes textes de loi nazis). Après le baptême qui n'est même pas sonné à la cloche, les résistants repartent au maquis, les femmes à la maison et les enfants désormais dans la lumière de Dieu. Quand elle décide d'aller dire son petit mot acide à un curé, elle tombe sur le plus étrange sur qu'elle pouvait trouver, aux antipodes de l'image qu'elle s'était faite comme à Épinal…

Des genoux communistes sur une dalle d'église ?! Du jamais vu depuis Peppone et Don Camillo ! Et pourtant le troublant serviteur de ceux que certains nomment Dieu va s’enorgueillir de quelques miracles, peut-être à cause de son physique hors-norme (l’abbé Léon Morin est assurément l'un des plus beaux rôles, peut-être même le meilleur rôle, de Jean-Paul Belmondo !) en tout cas, l’homme a une « sacrée » répartie, et intelligente avec ça, on assiste à un véritable débat philosophique passionnant au sujet de l’existence du fameux Dieu avec une contradictrice de choc, Emmanuelle Riva : « la religion, c'est l'opium du peuple » lui balance-t-elle au confessionnal, « c’est en ennemie que je suis ici » ! Mais si elle croit l’énerver c'est raté, au contraire, il est content qu'elle soit venue, il lui propose même de lui prêter des livres et elle ne peut résister à la proposition, peut-être pour mettre en doute tout ce qu'il lui dit. Et la voilà dévorant des ouvrages de théologie tout en étant pressée d'échanger comme il lui invite à le faire, il n’est pas le curé des vieilles bobonnes tremblantes, il se fait même un plaisir de convertir les brebis galeuses qui pensent le « soviétiser ». Alors une veuve de juif communiste, agnostique au dernier degré et prête à en découdre avec les conventions, ne pouvait mieux tomber pour ce curé qu’aucun défi n’effraie.

Une fois de plus, les producteurs de la Nouvelle Vague Carlo Ponti et Georges de Beauregard sont au rendez-vous pour le sixième film de l’un de ses pionniers, initiateurs ou inspirateurs selon les intellectuels cinéphiles. Cette adaptation du roman de Béatrix Beck (qui lui vaudra le prix Goncourt en 1952) pourra diviser les disciples et les esprits critiques à l’aune de l’œuvre du maître incontesté du film noir français : conversation pleine d’ambiguïtés, longue et fouillée entre deux âmes qui jouent inconsciemment ou pas à un cache-cache dangereux, Léon Morin, prêtre est un boulevard pour deux grands acteurs quand le décor, la musique et même les personnages annexes n’ont quasiment plus aucune importance, certains jurys ne s’y tromperont pas comme celui de la Mostra de Venise qui lui remettra son Grand prix. Si noirceur il y a, c’est dans le filigrane historique (s’il on excepte l’apparition fort drôle du toujours grand Howard Vernon après un mythique Silence de la mer) : les villes sont méthodiquement vidées de la plupart de leurs hommes, les déportations sont monnaie courante et la nasse commence à se serrer autour de ceux qui se cachent. Il y a nécessairement un dieu pour les tortionnaires, on attend toujours qu’ils fassent pénitence, on a toujours le droit de rêver si on ne prie pas. Non ?

L’échange du film :

Un petit garçon qui mange l'ostie de son baptême : « C’est mauvais…»
La petite fille juste à côté : « C’est la guerre mon vieux »

Bonus : filmographies, bande-annonce, court texte à propos du film.

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