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Chroniques DVD
10
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

bertolucci trintignant film fascisme italie moravia

Genre : l’allégorie de la caverne rapportée à l'Italie fasciste

Scénar : Marcello Clerici panique, sa cible est partie, il demande à l’agent fasciste qui le suit partout de venir le chercher immédiatement à son hôtel. Il se munit de son revolver et part sans même réveiller sa femme qui dort à côté. Il s'en est passé des choses depuis Rome et leur mariage, depuis le fascisme qu’il a choisi de servir même si ses représentants n’arrivent pas vraiment à comprendre le véritable pourquoi de cet engagement. N’empêche, il a eu l’idée d'aller surveiller pour le parti les activités antifascistes d'un homme à Paris, son ancien professeur à l’université qui plus est. C’est une confession que ce mécréant livre à l’église qui fait remonter les déclencheurs de ce qu’il nomme sa recherche de « normalité » : humilié et battu par les autres enfants, agressé sexuellement par un chauffeur qu’il tue à l’âge de treize ans, fils d’un homme désormais interné en hôpital psychiatrique et d’une femme décadente entourée de chiens et de morphine, il ne supporte plus sa position. Son mariage imminent et le cas du professeur Quadri lui donnent l'occasion de rentrer dans un moule déjà tout prêt pour un zélé de son espèce. S’il parvient à tuer, car c’est le nouvel objectif que lui imposent ses commanditaires… Il part donc en lune de miel à Paris où le professeur qu’il parvient à revoir se met en tête de le convaincre qu’il le fera changer d'idée politique…

D'après un bouquin d’Alberto Moravia adapté par le réalisateur lui-même au scénario, la coproduction italo-française Le Conformiste fait l’énième démonstration que Jean-Louis Trintignant est un touche-à-tout, il fait en quelques semaines des allers-retours du cinéma populaire au cinéma d'auteur 1 sans que quoi que ce soit dans son jeu ne trahisse une différence d’implication ou une éventuelle baisse de talent. Après avoir chassé le nazi dans Un homme à abattre, le voici prendre « l’uniforme » fasciste d’un type dont la place est nulle part sinon dans son esprit rempli d’épouvante. Son histoire se découvre petit à petit par des flashbacks, on y découvre les différentes étapes de la vie de ce garçon qui a commencé très tôt à arpenter, sans vraiment le vouloir lui-même, les sentiers du Mal. C’est pourquoi il n’a de cesse de se bâtir comme une armure sociale, un bouclier mental qui lui permettrait, un peu comme aux autres, de se fondre dans une masse qui se déplace, minuscule et craintive mais en osmose avec le système, dans les couloirs de marbre des titanesques bâtiments administratifs fascistes dont même les Romains auraient moqué la mégalomanie. En attendant la consécration de classe, Trintignant endosse une fois de plus le rôle d’un homme à femmes qui arrive à ses fins, sans le mériter cette fois vu ce personnage méprisable. « Patron-mon-cul ! »

Face à ce « conformiste » puisque le mot est lâché dans le titre, on a placé un professeur qui a eu le courage de quitter son travail et son pays tant que le fascisme y règnerait. Il agit de l’extérieur et lui et ses sympathisants font un peu trop de bruit pour ne pas gêner le régime de Mussolini qui dépêche aux côtés de Clerici un agent (Gastone Moschin) pas très finaud mais qui se révèle efficace pour distribuer les gifles mais est aussi en filigrane la caution comique d'un film qui ne manque pas d'humour du tout, d’une tragi-comédie bourrée d’allusions et de traits bien ajustés, d’une chronique d’une période où beaucoup se sont perdus en se cherchant, où beaucoup ont montré un visage peu respectable par simple réponse à la frustration. La très jolie musique de Georges Delerue (qui sait clairement caresser puis installer le stress quand c'est nécessaire) accompagne bien un film qui manque certainement d’action mais pas de réflexion, qui expose de bien belles images (par exemple celles de cet ange blond au visage de poupée, Dominique Sanda) via un travail de photographie très soigné. Peut-on au passage mentionner la présence dans l’organigramme du talentueux Aldo Lado (Je suis vivant !, Qui l'a vue mourir ?, Le Dernier train de la nuit / La Bête tue de sang-froid, etc.), ici au poste d’assistant réalisateur ? Non ? Eh bien trop tard, c’est fait.

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