Chroniques Blu-Ray
11
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

giallo thriller italie cinéma bis érotisme

Genre : thrillérotique senteur psycho-gothique

Scénar : au bout de ce drap noué, un homme qui n'a pas l'air très en forme descend le long de la façade de ce beau bâtiment. Mais sa grande carcasse affolée est rattrapée par une grappe d'infirmiers : la clinique psychiatrique de Richard Timberlane ne laisse pas s'enfuir ses patients, surtout si c’est un ami. Sir Alan Cunningham fait des crises sérieuses depuis que sa femme Evelyn est décédée en couches. Il trimballe depuis de jeunes prostituées à la flamboyante chevelure rouge dans les ruines de son château. Immensément riche, il leur promet une énorme somme pour le moment qu'il passera avec elles, et les lubies qu’il assouvira, particulièrement celles autour des cuissardes…et du fouet. Tout ça sous l’œil inquisiteur du seul vestige de son passé familial, Albert, le garde-chasse et frère d'Evelyn, qui le fait chanter au passage. Cunningham essaie tout pour passer à autre chose, aussi quand on lui propose une séance de spiritisme pour entrer en contact avec la disparue, il accepte mais il lui en cuira. Que ne ferait pas l’homme pour faire cesser ce cauchemar qu’est devenu sa vie ! Et tout son entourage de s’inquiéter, cela va sans dire. Peut-être une rencontre provoquerait-elle un déclic ?

Itinéraire d’un enfant sous influences : après avoir tâté du film d’espionnage (La Peur aux tripes, avec Henry Silva, 1967), du poliziesco (Ce salaud d'inspecteur Sterling, encore avec Henry Silva, 1968), osé un polar de braquage (L'Affaire Vatican, avec Walter Pidgeon, Ira von Fürstenberg et Klaus Kinski, toujours en 1968) et un western très tardif (Tire Joe et... amen! avec Richard Harrison, 1971), il ne restait plus à Emilio Miraglia qu’à filer vers un giallo ressuscité par Dario Argento deux ans auparavant avec L'Oiseau au plumage de cristal. Ses collaborations en tant qu’assistant réalisateur la plupart du temps, avec des Vittorio Cottafavi, Carlo Lizzani, Osvaldo Civirani ou Lucio Fulci semble avoir fait de Miraglia un bon directeur d’acteurs malgré une très courte carrière ensuite. Anthony Steffen, au regard brouillé et aux cheveux longs hirsutes, n’aurait pu mieux jouer pour faire voler en éclats son aura de justicier solitaire - acquise via de nombreux très bons westerns - tout en montrant un vrai talent en interprétant ce rôle mélancolique, fou d'amour et déglingué de l'intérieur par une douleur indicible. Marina Malfatti, Erika Blanc, Maria Teresa Toffano et Paola Natale affolent la pellicule, Joan C. Davis quant à elle aurait fait meilleure sœur que tante !

Sûrement trop hâtivement qualifié de giallo pour faire dans le raccourci vers un tiroir commode, L’Appel de la chair se révèle plutôt insaisissable lors de la course aux étiquettes. Si effectivement le goût pour le scénario singulièrement tordu (avec ses personnages à la personnalité adéquate) et l’érotisme sulfureux (ce défilé de rousses sublimes !) sont bien au rendez-vous, une idylle est aussi nouée avec le fantastique gothique par le biais des - très beaux - décors (brouillard, vieille pierre, crypte, tombes, salle de torture « à la médiévale », etc.), de certains procédés (attaque au serpent, enterrement prématuré) mais aussi de cet amour d'outre-tombe si romantique : la défunte rousse, ou le beau renard qui dévorait son âme comme l'aigle le foie de Prométhée, entrera-t-elle un jour au tombeau tant que le cœur de celui qui l’aime, trahi ou pas, continuera de battre ? Tout ça fait de ce film une œuvre élégante et atypique qu'il faut absolument redécouvrir quand on est ravi d'être désarçonné par les moments hors du temps et de l’espace, les bonds de l'archaïque au moderne, du cauchemar à la réalité quand ceux-ci ne se confondent pas, par exemple dans la musique entêtante de Bruno Nicolai, entre mélodie hypnotique, groove et voix féminine façon sirènes.

Bonus : présentation du film par Emmanuel Le Gagne (22’), diaporama (grâce auquel on se rend compte de la grande qualité de la promotion effectuée par les anglo-saxons autour du film avec des visuels et des photos superbes, les allemands se montrant par exemple beaucoup moins doués), bande-annonce originale accompagnées d’autres de la collection (Le Parfum de la dame en noir et La Dame rouge tua sept fois)

Infos / commande : https://www.artusfilms.com/giallo/l-appel-de-la-chair-350

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