Une petite contribution ?

Documentaire
20
Aoû
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Après des siècles de fermeture aux influences extérieures,

le Japon se réveille assoiffé de territoires. Lui aussi a droit, d’après les ultranationalistes locaux, à l'expansion coloniale telle que celle que s’octroie l'Occident. Et ce n'est pas l'injuste règlement de la première guerre mondiale qui peut les convaincre du contraire, les colonies allemandes en Chine récupérées alors sont plutôt d'un intérêt limité pour ce pays en plein essor démographique. La Chine fait d'ailleurs payer cette occupation par un boycott des produits japonais. Certains propagandistes zélés orientent les regards vers d'immenses contrées aux populations inégalement réparties comme l'Australie et les États-Unis et, même, n’hésitent pas à évoquer une invasion probable de ces pays ! De plus, la façon de vivre quasi-militaire des Japonais est toujours encadrée par le bushido, le code d'honneur des samouraïs. Cet ensemble de règles élitiste, martial et implacable glorifie l'Empereur, le pays en tant que « sauveur de l'Asie », le peuple en tant que race supérieure… Supérieure par exemple à celle des Chinois dont le pays est guigné par le Japon depuis toujours à grand renfort de courts conflits, d'incidents diplomatiques et autres provocations en tous genres (1894, au sujet de la Corée, 1931 en Mandchourie…). Tant qu'à y être, la Chine de Tchank-Kai-Chek en phase d'unification menace de plus les intérêts japonais en Mongolie et en Mandchourie

Eté 1937, la guerre est déclarée, les Japonais bien équipés déferlent en Chine, les villes tombent une à une, les atrocités s’enchaînent ici et là sans émouvoir grand monde. Décembre 37 on passe aux choses sérieuses avec la prise de Nankin, ancienne capitale et ville-monument… Le déchaînement de violence qui suit reste insensé. Un catalogue d’exécutions, de tortures et de viols est gratuitement distribué aux Chinois restés sur place, souvent des vieillards, des femmes et des enfants. Brûlés, enterrés vivants, décapités à la chaîne (au point d'organiser des concours…), énucléés, castrés, violés à répétition, les civils vont payer un lourd tribut à la soif de sang nipponne, on parle de 50 à 300 000 personnes sauvagement assassinées, ce qui en fait un des massacres les plus importants de l'Histoire.

L'auteur poursuit en présentant les Occidentaux restés sur place qui vont sauver des dizaines de milliers de vies en créant une zone de sécurité internationale et en se battant bec et ongles avec l'occupant tortionnaire pour arriver à leurs fins. Curieusement même des nazis vont, avec l'aide de ressortissants américains et européens, vont sauver de nombreux Chinois, n’hésitant pas à se confronter directement avec l’armée japonaise. La deuxième partie aborde ce que savait le reste du monde de la situation de Nankin. Dès le début des opérations, la guerre est couverte par des reporters américains - les USA sont encore neutres bande d'ânes ! - puis, à leur départ, les Japonais voulant contrôler l'information entrent dans une politique de propagande pathétique au point de présenter son armée comme « libératrice ». Mais c'est sans compter sur les étrangers de la zone internationale qui réussissent au péril de leur vie à faire sortir de Nankin des lettres, des photographies et même des films accablants qui vont horrifier l'opinion mondiale au point que beaucoup (d’américains) refuseront d'y croire

L'occupation voit le retour de la barbarie bien que moins évidente. Si les massacres s’atténuent pendant la seconde guerre mondiale, l’opium réapparaît, répandu par les japonais pour mater la population. Des laboratoires secrets (dont le sinistre Ei1644, branche de l’Unité 731) inoculent des produits chimiques à des chinois, ces expériences pseudo-médicales dignes d’un Mengele restent au passage un pan méconnu de la guerre en Asie. Quand vient enfin la libération, contrairement à ce qu’il se passe en Europe, peu de responsables japonais seront jugés, la famille impériale jouira même de l’immunité, seuls quelques officiers tâteront de la corde ou du plomb pour les exactions de Nankin. Les vrais chefs soit crevèront de manière tout à fait naturelle (!), soit, à l’instar de Hiro-Hito, vivront vieux dans de beaux palais. Elle est pas belle la justice, hein ? Sans même parler des galères qui attendent les protecteurs de la population, en particulier les allemands lors de la dénazification.

Jusqu’à quand cette période sombrissime de l'Histoire, opportunément et soigneusement éludée à la période de la guerre froide, restera-t-elle si méconnue ? Les quelques erreurs de l’auteur qui a parfois gardé ses tics de journalistes et négligé de lire plus avant côté japonais ne doivent pas faire oublier le formidable boulot de recherche et de recueil de témoignages glaçants auprès des témoins de l’époque et un style inspiré du Rashômon revu par Kurosawa (un fait narré par différents personnages). L’auteur a mis fin à ses jours à l’âge de trente-six ans, elle préparait un livre au sujet de l’horrible marche de la mort de Baatan (aux Philippines, les japonais ont aussi commis des exactions contre les prisonniers américains), c’est bien dommage qu’on ne puisse jamais lire ça, Iris Chang ayant prouvé ici un travail plus que prometteur.  

383 pages parfois illustrées de photos en noir et blanc, 25 €
9782286040710

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