Une petite contribution ?

Chroniques romans
13
Oct
2006

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

[Publié à l’origine L’Occis-Mort #1]

C’est un fait que l’on a beaucoup parlé de ce monstrueux pavé de 900 pages, à tort et à travers, mais cela n’est pas mon propos. Les imbéciles qui aiment alimenter les polémiques se feront un plaisir de continuer, je les laisse entre eux je n’aime que la lecture et les histoires.

Et cette histoire des Bienveillantes de Jonathan Littell est sombre - comme une importante partie de l’âme humaine — et nous ramène à une époque où toute une partie de la jeunesse européenne s'est lancée à corps perdu dans un combat sans limite ni barrière morale, un combat pour une nation, pour une race, pour une idéologie qui va tâcher de sang toute une partie du XXème siècle.

Si la seconde guerre mondiale continue de hanter l'Europe, en particulier l’Allemagne pour les atrocités, l’industrialisation de la mort et l’absurdité d’un combat racial dont elle s’est rendue coupable, il y a une raison toute simple à ça : une très large majorité de la population (allemande mais aussi française dans ce livre) a adhéré à des idées violentes et inhumaines et soutenu les courants fasciste d’abord et nazi ensuite. Il ne faut jamais oublier, et Littell le suggère, que déclarer lors d’un procès que l’on a été « obligé » d’obéir aux ordres comme l’ont fait la plupart des dirigeants à commencer par Keitel et Göring à Nüremberg ne tient pas debout une seconde. Max Aue, le personnage principal et narrateur de l’histoire, ne s'embarrasse pas de remords et le fait clairement comprendre : s’il a fait ce qu’il a fait, il l’a fait en connaissance de cause et il n’y a pas de place pour les sentiments dans son récit. Obéir froidement aux ordres, point.

Alors évidemment, comme avait pu le faire Oliver Hirschbiegel avec son incroyable film (voir La Chute de Oliver Hirschbiegel (avec Bruno Ganz, Alexandra Maria Lara…) 2004), l’auteur raconte avec des mots d'homme, décrit un personnage somme toute humain et agacera forcément les intellectuels qui croient encore que les nazis (et en particuliers les SS des Einsatzgruppen évoqués dans les Bienveillantes...) étaient des monstres buvant à même les veines le sang de leurs victimes. Ce qui marque vraiment l’esprit, c’est le doute malsain qui apparaît quand on essaie de se poser sérieusement la question : et moi, dans sa situation, j’aurais fait quoi ? Car Max est un homme, certes perturbé comme on peut s'en rendre compte assez rapidement, mais un homme comme tout le monde avec ses doutes, ses émotions...

Autre fait marquant, quand on est comme moi féru d’histoire et en particulier de celle du XXème siècle, et que l’on a au fil des lectures acquis de plus en plus de connaissances précises sur le thème, il est toujours surprenant de rencontrer un auteur aussi érudit. Le livre est émaillé de citations, de références, d’idées philosophiques et variées et on a souvent l’impression d’être à bord d’une coquille de noix au beau milieu d’une tempête au pays de la connaissance.

Bon il y a forcément un point noir, c’est la présentation dont l’auguste éditeur a gratifié Les Bienveillantespavé de chez pavé, avec des pages bourrées de caractères jusqu’à la gueule pas franchement ergonomiques pour mes yeux usés de gros lecteur à la bougie.

Vous noterez le fait que je n’aborde presque pas l'histoire, j’ai tellement envie que beaucoup lisent ce bijou que je ne vous conseillerai qu’une chose, ne l’achetez pas si vous n’êtes pas sûr de supporter la violence de ce récit de vie mais empruntez—le à votre médiathèque préférée et, si vous le pouvez, dévorez-le...!

Voir aussi Le Sec et l’humide de Jonathan Littell (L’Arbalète - 2008) 

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