Chroniques DVD
15
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Non George A. Romero n’a pas fait que des films de zombies !

La preuve avec ce superbe coffret contenant des films plus méconnus de sa filmographie, un livret de 16 pages concocté par Olivier Père ainsi qu'un DVD bonus qui contient un portrait du réalisateur (58’), des galeries de photos et d'archives de tournage, des filmographies et les affiches des films imprimables. Est-ce pour le plaisir que les films sont placés en ordre anti chronologique ? On fera bien sûr le contraire !

Season of the witch de George A. Romero (avec Jan White, Raymond Laine…) 1972


Genre : laisse pas traîner ta femme

Scénar : un couple dans la forêt, il marche devant et lui lâche des branches dans la gueule au passage tout en lisant son journal imperturbablement, il la balade en laisse, l'enferme dans un chenil… A moins qu'elle n'hallucine complètement ou que tout ceci ne soit qu'un rêve aux profondes significations ? Totalement délaissée et dominée par son entourage, retournée par la fugue de sa fille, elle commence à s’adonner à la magie noire après la rencontre avec une inquiétante pratiquante…

Après l’introuvable There's always vanilla (si quelqu’un a, je prends !), George A. Romero livre avec Season of the witch un film du genre expérimental, un puzzle bizarre composé de songes pas drôles et de parenthèses réelles où le réalisateur montre des images parfois très acides de la classe aisée américaine et de ses frustrations dans une ambiance angoissante et claustrophobique qui à un moment expose même ombre, masques, couteau dans un passage presque giallo (alors en plein boom avec le carton de Dario Argento 1). Il cite aussi astucieusement Rosemary’s baby à un moment.

Mais cette relative noirceur du propos n’empêche pas les touches d’humour par le biais de personnages parfois grotesques (comme celui de l’insupportable Shirley), la sorcellerie en tant que telle n'arrive d’ailleurs qu'au bout d'une heure, et l'action se fait plutôt attendre mais l'ambiance est définitivement prenante et le temps ne passe pas si lentement que prévu jusqu’à la petite quantité de sang tardif. Chouette critique acerbe d'une société figée quand elle ne trouve pas sa porte de sortie, fût-ce Satan lui-même, encadrée d’une bande sonore super cheloue dont une chanson-titre interprétée par Donovan lui-même

1 voir L'oiseau au plumage de cristal de Dario Argento (avec Tony Musante, Suzy Kendall…) 1969, Le Chat à neuf queues de Dario Argento (avec James Franciscus, Karl Malden...) 1971 et Quatre mouches de velour gris de Dario Argento ( avec Michael Brandon, Mimsy Farmer...) 1971.

The Crazies de George A. Romero (avec Lane Carroll, Will MacMillan…) 1973

Genre : si on enlève l'air, les avions tombent, et les virus aussi.

Scénar : les gens d’une bourgade deviennent soudainement tarés, ils commencent à tout détruire pour une raison inconnue, n'hésitent pas à s'entre-tuer non plus. L’armée, équipée de masques à gaz, déboule et la ville est mise en quarantaine et toute communication avec la presse est impossible, bizarre non ? En effet, un avion s'est écrasé avec à bord un « vaccin » expérimental (Trixie), en réalité une arme bactériologique. Certains chez les haut gradés envisagent direct un bombardement nucléaire sur le lieu pour éviter les retombées. L'armée n'hésite pas à tirer sur les gens qui se soulèvent à cause du mystère qu’on laisse planer autour de ce merdier. Pendant ce temps, un groupe de personnes, dont un ancien béret vert du Vietnam, ont pris la poudre d’escampette mais les soldats vont bien sûr les pourchasser…

Saluons tout de suite La Nuit des fous vivants, le titre totalement débile par excellence choisi par les exploitants français pour surfer sur ZE titre mythique de Romero 2. The Crazies, y avait longtemps, comporte des petites piques dignes de son réalisateur : la caisse claire militaire très carrée en bande originale n’y fait rien, l’autorité se voudrait exemplaire et sans pitié mais n’est en fait pas à l'abri des larcins (on voit des soldats voler), la semi-paranoïa qui règne autour de la question de savoir qui est contaminé engendre des scènes pour le moins dérangeantes (inceste, dégénérescence des personnages au niveau des expressions faciales, froide brutalité…), et on en passe.

La forme quant à elle fait dans le brutal après un Season of the witch assez peace, témoins ces images surréalistes de la guerre civile entre les locaux et les bidasses, et de l'évacuation sans ménagement des gens de chez eux qui font paradoxalement très vraies, ces dures images de lance-flammes qui crament les parents devant leurs enfants, on apprend également à se méfier des aiguilles à tricoter. L’ambiance martiale et inquiétante est soulignée par ces hommes en combinaison blanche qui font leur petit effet (tout comme ce B-52 au casting) dans des paysages qui rappellent ceux de La Nuit des morts vivants, autre chouette illustration de la panique et d'une certaine connerie militaire au travers d'ordres et de procédures absurdes. Car n'oublions pas que le filigrane s'avère bien plus profond que la simple horreur, il aborde clairement le manque de communication entre humains bien que le réalisateur ne se soit jamais réclamé du cinéma engagé.

On suppose pour finir que le fameux Trixie est pour quelque chose dans la naissance de la trioxine qui fera des ravages dans la saga Le Retour des morts vivants 3. On aimerait juste savoir si Romero était au courant de la mystérieuse affaire de Pont-Saint-Esprit (été 1951) qui aurait pu inspirer un paquet de films.

2 voir La Nuit des morts vivants de George A. Romero (Avec Duane Jones, Judith O'Dea...) 1968.

3 voir Le Retour des morts-vivants de Dan O'Bannon (avec Clu Gulager, James Karen...) 1985, Le Retour des morts vivants 2 de Ken Wiederhorn (avec James Karen, Thom Mathews…) 1987.

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