Chroniques DVD
28
Jan
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

samuel fuller guerre corée film noir

Genre : drame et guerre font la paire II : le retour

Scénar : « - Si on ne vous évacue pas, vous risquez votre bras.
- Ce qui m'inquiète, c'est ma division. »

Le général saute sur une mine mais ça ne suffit pas pour l'arrêter et même quand on lui donne l'ordre de se replier et de choisir une équipe à sacrifier, il obéit, c’est épouvantablement dur mais il faut bien ces « [… ] 48 gars qui ont moins de chance pour donner leur chance à 15000 » autres. Parmi les désignés se trouve le caporal Denno qui a fait une école d'officiers mais n'est pas allé jusqu'au bout à cause d’une tragique défaillance. Il commence à se faire régulièrement allumer par les sous-officiers qui pourraient bien y passer avant lui et du coup lui laisser le commandement. Quand sa section trouve refuge dans un grotte stratégiquement disposée, les têtes des sergents commencent à tomber et Denno sent l’angoisse l’étreindre. Et les soldats communistes ne trouvent rien de mieux que d’annoncer leur attaque imminente par des sonneries de clairon. Death-y-dément non, la musique n’adoucit pas les mœurs !

Sur une idée inspirée par la lecture d’un roman de John Brophy (Immortal Sergeant, publié en 1942), Samuel Fuller signe son deuxième film de guerre situé en Corée après The Steel Helmet, Fixed Bayonets! (Baïonnette au canon en France) est une fois de plus dédié à l'infanterie américaine, surnommé ici la Reine des Batailles (ouais, bon…). Une fois de plus, l’histoire d’hommes dans un cadre épuré au max et réaliste au possible est ce à quoi il faut s’attendre. La Corée est cette fois « sous la neige » et sert de décor à une attaque à la fois psychologique et militaire. On ne peut pas dire que les soldats partent cette fois la fleur au fusil (est-ce seulement arrivé une fois au fond, sans l’aide du bourrage de crâne habituel ?), d’autant que leur mission semble pour le moins désespérée : un peloton (d’élite, pour ce que ça change !) devra passer pour un régiment et freiner l’avancée « rouge » inexorable et le sergent Rock (un rapport avec la BD ?) a beau dire (« le fantassin ne doit s'occuper que de trois choses : son fusil et ses deux pieds ! »), ça gamberge sec sous les casques d’acier : tous ne sont pas prêts à tuer, peu savent réellement comment on fait, aucun n’imagine même l'horreur du combat à la baïonnette qui va devoir s’imposer…

Alors du coup, malgré l’humour ici et là (les théories assez drôles sur les effets de la télépathie ou du ricochet), on nage ici en plein drame, resserré qu’il est sur les visages en gros plan d’acteurs non sans charisme (tiens on note l’apparition minuscule d’un très jeune James Dean) auxquels on fait mâchonner chiques, clopes et cigares pour se donner une contenance de baroudeurs ! L’étonnant Gene Evans n’a pas besoin de ça, quel physique ! Il faut bien ça face aux fusils, mines, obusiers et autres canons ! Malgré le petit budget et les effets primitifs, on y croit et le ichi-ban si souvent cité, c’est Fuller, grand cinéaste de l’horreur ordinaire, grand metteur en scène de la folie des hommes jetés dans les feux de la haine sans avertissement. De l'action, du drame, du suspense dans un très bon film également très sombre, préfigurant peut-être une époque de films noirs qui débute dès l’année suivante avec Park Row. Impossible de conclure sans repenser ému à la scène du massage de pieds, sommet dramatique génialement filmé et mis en scène. Injustement méconnus au profit de machins bien plus patriotiques pour de mauvaises raisons, les deux films de Corée de Fuller sont vraiment à (re)découvrir.

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