Chroniques DVD
10
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Une bonne grosse dose du tandem italien !


On l’appelle Trinita de Enzo Barboni (1970) 

Genre : western parodique

Scénar : Trinita ne marche pas à côté de ses pompes, il s’y fait traîner par son canasson… Mais sous cet apparent traîne-lattes crasseux se dissimule un tireur extraordinaire doublé d'un sacré petit malin : « la main droite du Diable ». Il sauve sur son chemin un mexicain pleurnichard et le trimbale jusqu'à la ville où il retrouve son frère, un voleur de chevaux déguisé en shérif pour un plan de sa composition. Mais Bambino, « la main gauche du Diable », sent arriver le truc direct : « te v’là et tu vas tout faire foirer, je sais pas comment mais j'en suis sûr ! ». Les mormons persécutés par un caïd local deviennent la raison d'une croisade de Trinita. Quand son frère le soupçonne de provoquer les catastophes, Trinita lui répond : « je cherche pas la bagarre ». Mais Bambino a de la répartie : « c’est pas la peine, elle te trouve toute seule ! »…

On peut voir la saga Trinita comme une « suite » de la trilogie précédente réalisée par Giuseppe Colizzi 1 mais cette fois sous un angle purement drôlatique (qui en dit long sur la déliquescence du western italien) à base de baffes sonores et de truculences diverses (fayots à la cuillère en bois, crasse, bâillements, sales manières et vocabulaire de charretier…).

Analyse intéressante que celle qui voit en Trinita l'anti Django : un se fait trimballer par son cheval quand l'autre traîne un cercueil, reste à savoir où nous avons lu ça. Quoi qu’il en soit, le duo est excellent, chacun dans le rôle qu'il va occuper pendant une longue série de films, en fait jusqu'à la satiété, et du public et des acteurs. Donc une palanquée de grosses bagarres contre une galerie de trognes patibulaires où Hill se révèle un acrobate doué et Spencer un colosse, du comique de répétition avec des gags pas fins hilarants, même vu 666 fois auparavant et des dialogues qui fusent entre des personnages caricaturaux dignes de Lucky Luke.

On note une excellente B. O. signée Franco Micalizzi qui s'insinue très vite dans le crâne, un truc entre crooner espagnol à la Bacalov et un Morricone très basique, musique qui trouve son importance en différenciant les personnages, chacun a sa mélodie et ses instruments : des trompettes pour les bandits mexicains, une ambiance martiale pour le très prétentieux « major » etc. En parlant du « major », il est interprété par Farley Granger, un acteur à la filmographie impressionnante puisqu’il a joué entre autres pour Alfred Hitchcock, Anthony Mann, Luchino Visconti, Richard Fleischer ou Henri Verneuil. On le retrouvera plus tard dans La Lame infernale de Massimo Dallamano.

Sûrement l'arrêt de mort officiel du western italien dans sa forme sérieuse, ce Trinita est tout de même un bon moment de divertissement, et un grand souvenir de fous rires avec le padre quand ce film passait à la téloche. Ah, et il contient surtout une des scènes les plus terrifiantes du cinoche, celle où un Trinita trempé remet ses frusques couvertes de poussière à la sortie du bain, brrrr !!!

Bonus : les mêmes sur chaque DVD du coffret : les bandes annonces de la collection.

1 voir

Dieu pardonne, moi pas de Giuseppe Colizzi (avec Terence Hill, Bud Spencer...) 1967

Les Quatre de l'Ave Maria de Giuseppe Colizzi (avec Terence Hill, Bud Spencer…) 1968 et 

La Colline des bottes de Giuseppe Colizzi (avec Terence Hill, Bud Spencer…) 1969

https://www.youtube.com/watch?v=0oc89f2Y0xE

On continue à l'appeler Trinita de Enzo Barboni (1971) 

Genre : laisse pas traîner tes fayots

Scénar : Sur son « lit de mort », Papa voudrait que ses fils Bambino et Trinita aient des mises à prix convenables sur leur tête, il les oblige à travailler ensemble, au grand désespoir du plus barbu des deux. Mais quand on a bon fond, c’est difficile de devenir d’un coup un méchant. Pauvres, pauvres parents !

C’est (déjà) reparti pour un tour avec un festival de clichés tous repris de Leone et les autres, et accentués jusqu'au burlesque, avec l’inévitable humour de répétition à la limite de la lourdeur mais toujours des scènes jouissives (les baffes, le numéro facial de Bud Spencer grandiose comme toujours, le repas au restau huppé, le mélange des cartes…) et toujours avec une galerie de têtes de nœuds incroyables, en particulier Parker et ses moustaches de carnaval. 

On déplore un doublage de Bud pas crédible (cette voix est fluette par rapport au gabarit du bonhomme) et un schéma final identique au premier Trinita mais dans une version à la Astérix chez les Bretons… Pas finaud tout ça, mais délassant car ça a beau ne pas voler bien haut, comment ne pas rire devant tant de connerie ? Pour le malheur des gens que la routine exaspère, ça continue de plus belle dans les films suivants.. 

Maintenant on l’appelle Plata de Giuseppe Colizzi (1972) 

Genre : comédie d’aventures

Scénar : un DC3 déglingué piloté par Bud qui lit Popeye, en bâillant forcément, pendant que Terence somnole chapeau sur la tête, c'est Trinita transposé au XXème siècle non ? Ce duo d'asociaux, le joli cœur et l'ours bagarreur, sont sensés simuler des crashes pour arnaquer les assurances, sauf qu’ils s’écrasent vraiment dans la forêt et se retrouvent au milieu de chercheurs d’or sur lesquels règne un certain M. Oreille. Les compères ne tardent pas à décider de faire jouer la concurrence et vendent de tout aux orpailleurs isolés, les bandits viennent régler leurs comptes avec le duo. 

Giuseppe Colizzi, réalisateur des westerns précédant les Trinita, récupère ses poulains pour un film d’aventures dans le cadre de paysages magnifiques (la Colombie, vraiment ?) et offre aux yeux un joli festival d'avions : (le Dakota, mais aussi un Catalina, un biplan Boeing ou Grumann…) ainsi que quelques scènes semi-anthologiques (celle du billard - ça change des cartes - ou celle de la bagarre sous clés, illustration parfaite que les gros bras mal lunés cassent vraiment la baraque). On trouve aussi dans l’équipe - de bras cassés - Antoine Saint-Johnl’affreux colonel d’Il était une fois la révolution et Alexander Allerson (Avec Django la mort est là, Mon nom est Personne, Le Dossier ODESSA…).

Moins de comédie (de connerie aussi) mais aussi plus d'aventures dans ce schéma habituel du malin qui fait ce qu’il veut du gros bêta, il y a même apparition d’un peu de (bon) sentiment aussi. Ce Plata se révèle un peu plus fin que le second Trinita sans toutefois friser l’intelligence non plus hein.

Cul et chemise de Italo Zingarelli (1979)

Genre : zinzins au Congo

Scénar : « en Afrique il y a bien des années », un avion (encore un DC3 !) survole la jungle. Sauf que là on n'atterrit pas, on saute. Et on tire sur d'innocents chasseurs en safari au détriment de la santé du 4x4 de l'ami qui devine à la seconde même quel est l'idiot qui tient le fusil. Le chef du gang qui décime les zanimals, Ormond, tombe évidemment sur un os avec le duo systématiquement sur son chemin.

Cette fois, le duo réinvente le tourisme ethnique pour contrer la chasse et un schtroumpf accompagné de balèses débiles. Car évidemment l’inépuisable réservoir de têtes d'abrutis sert encore ici, peut-être même plus que dans les précédents, la bande à Ormond comportant des spécimens à peine croyables. C’est chez les animaux que l’on trouve les plus beaux acteurs avec des lions en nombre conséquent mais aussi des singes, des hippos, des éléphants, des zèbres, des autruches…

Pour le reste, on ne peut toujours pas lutter, les bonnes grosses bagarres font toujours rire les benêts en plus des quelques blagues pipi-caca, des dialogues qui ne volent pas très haut ainsi que les habituelles scènes de repas pantagruéliques. La musique est insupportable (lire : les années 80…) et la vision de l'Afrique pour le moins limitée mais le scénario évoque - certes succinctement - de vrais problèmes  comme le trafic d’ivoire ou tout simplement celui des animaux. Il va sans dire que nous souhaitons à l'occasion de cet article la mort la plus horrible possible aux massacreurs de tout poil.  

Salut l'ami adieu le trésor ! de Sergio Corbucci (1981) 

Genre : comédie d’aventures

Scénar : l’oncle gâteux parle sans arrêt d’un trésor sur une île à son neveu Alan qui passe sa vie à perdre aux courses, c'est en jouant une fois de trop l'argent des autres qu'il se retrouve en cavale. Il a la bonne idée de se réfugier sur le bateau de l'irascible Charlie, y a plus qu'à aller chercher le trésor sur la fameuse île. Mais celle-ci est encore habitée par un soldat japonais, Kamasuka, qui ne sait pas que la guerre est finie.

On prend les mêmes et on refait plus ou moins pareil mais tout de même avec Sergio Corbucci (voir Romulus et RémusDjango) à la caméra. Celui-ci n’apporte pas grand chose au schmilblick : un festival de baffes, en accéléré ou pas, des pains, des gaufres, des ramponneaux. Et éventuellement deux taloches et une mandale. Si Hill a pris un bon coup de vieux, Spencer non, d’ailleurs même sur un bateau, l’ours mange toujours des fayots et mieux vaut pas les lui chouraver. Le pitch habituel quoi, le malin manœuvre le gros bêta et ceux qui prennent des beignes sont presque toujours les mêmes acteurs à chaque film. Le meilleur d’entre eux est le perroquet, heureusement à l'abri de la violence.

Voilà une énième occasion de faire parler petit-nègre et de ridiculiser les « sauvages », même pour une comédie c'est toujours un peu lourd et puis la « végétation » digne d'un jardin de Floride, les doublages idiots, les voix de débiles et les bruitages de cartoons n’aident pas. Ni d’ailleurs la musique à l'image de l'horreur des années 80, flashy et plastique, de la variétoche croisée au reggae de supérette. Beuark. Heureusement, il y a les vahinés toujours délicieuses et les pirates cramés complet du ciboulot et habillés comme VILLAGE PEOPLE avec casquettes en cuir et compagnie.

Rigolo mais pas fin, as usual, heureusement la morale est sauve : « qui trouve un ami trouve un trésor ».

Renegade de Enzo Barboni (1987) 

Genre : « à cheval » entre comédie et bons sentiments

Scénar : Luke (au hasard) est un anachronisme sur pattes, un cow-boy à cheval marginal né un siècle trop tard. Mais lui et son canasson très malin ont la technique pour se faire du blé. Soudain il se retrouve tuteur du fils de son pote taulard. Qui est évidemment une super tête à claque. Et les emmerdes commencent : un poids lourd, des tueurs, des motards les prennent en chasse sans qu’ils ne sachent vraiment pourquoi. La propriété héritée est en fait très convoitée et, heureux hasard, des mormons, ou un autre truc du genre, en sont les plus proches voisins. 

Va savoir pourquoi, dans un coffret où on annonce deux acteurs, sur le dernier film on n’en retrouve qu’un, en l’occurrence Terence Hill. Renegade aurait fait un téléfilm honnête et pas grand chose de plus car il s’avère un peu mièvre, en particulier à cause de l'affreuse musique (avec un ersatz de SCORPIONS ou ZZ TOP) et il faudra avouer que le cheval, comme le perroquet dans Cul et chemise, est un peu le meilleur acteur du film même si Robert Vaughn dans un petit rôle est toujours parfait pour jouer les méchants machiavéliques. A noter aussi l’apparition de Ross, le fils adoptif de Hill qui mourra en 1990 pendant le tournage de Lucky Luke dans un tragique accident de moto.

Petit détail chouette : le plus beau rassemblement de motards depuis des lustres dans un film.

Les mots-clés :

Quelques chroniques en vrac

frédéric dard roman noir policier livre