Chroniques DVD
05
Avr
1999

Les étoiles évaluent le plaisir ressenti à la découverte des œuvres, rien à voir avec une quelconque note !

Genre : dame blanche pour auberge rouge ?

Scénar : Bernard l’écrivain à succès, suite à une séparation inéluctable, croit pouvoir se reposer en retournant à l'hôtel où il a déjà passé un séjour et prétend que ses souvenirs du lieu seront la base de son prochain roman. Enrico le tenancier respire la bienveillance, les promenades au bord du lac, certes fraîches à la morte saison, pourraient l’aider à retrouver un peu de sérénité, surtout dans cette bourgade où tout le monde semble s'ennuyer. Mais il n'en est rien, car le souvenir douloureux d’une employée du lieu l’obsède… Il regarde la photo de la si belle Tilde, et se souvient... Mais quand il sonne la femme de chambre, ce n'est pas elle qui arrive, quand il croit l'apercevoir en ville, ce n'est pas elle non plus, et pour cause : Enrico lui apprend que la jeune femme s’est suicidée sans aucune raison connue. La tranquillité à laquelle il aspirait devient instantanément impossible devant le désespoir et des questions qui remontent à la surface, comme les cadavres le feraient du fond de l’eau : pourquoi le père de Tilde hurle-t-il qu'il veut voir les gens de l’hôtel en prison ? Un suicide à la teinture d’iode agrémentée d’une gorge tranchée et d’une grossesse à venir ne serait-il pas plutôt, comme le suggère le photographe du village, un meurtre ? Et si Irma, la fille de l'hôtelier, avait raison quand elle affirme que sa famille serait visée par une malédiction ? Bernard décide de mener son enquête.

Adaptation du roman du même nom signé Giovanni Comisso en 1962, cette Dame du lac voit son scénario écrit par les réalisateurs en collaboration avec Giulio Questi, connu pour Tire encore si tu peux, spectaculaire western flirtant avec l'horrifique (mais aussi Ernesto Gastaldi 1, vraiment ?). Dans le genre, on peut dire que La Dame du lac accumule les détails glauques, à commencer par ces couleurs volontiers funèbres, le noir et blanc paraît être la seule forme sous laquelle le film pouvait être présenté. Une façon de monter expérimentale et expérimentée donne successivement à voir certaines images granuleuses, parfois sombrissimes (ces arbres filmés d’en bas à contrejour, ces vignettes troubles de cimetière, de gens qui marchent en s’enfonçant dans la neige…), à la limite de l'expressionnisme (des escaliers hitchcockiens, des couloirs qui préfigureraient presque Shining) tandis que la scène de l'enterrement a quelque chose de gothique. Au contraire, les images voulues sensuelles sont d'une clarté éblouissante, Tilde, sa peau, sa bouche, son rire désarçonnant, Tilde ensorceleuse absolument géniale, Virna Lisi (vue entre autres dans Romulus et Rémus, La Tulipe noire, L’Arbre de Noël, Le Serpent ou encore la doublette de Croc blanc réalisée par Lucio Fulci…) trop souvent oubliée dans le haut de liste des actrices de cette époque où les personnalités et les visages avaient une originalité propres.

Le long de ce bizarre récit, la frontière entre rêve et réalité est particulièrement difficile à déterminer, parfois un peu comme dans le film Le Carnaval des âmes où les personnages ambigus, la rumeur et l’ambiance lourde font leur petit effet : quand Enrico propose une meilleure chambre que celle de la dernière fois, Bernard refuse et demande à nouveau sa superbe vue de la chambre sur…l’abattoir (les images de la découpe de carcasse occasionne d’ailleurs, à l’instar des cauchemars éprouvants de l’homme, d’indéniables côtés horrifiques à l’œuvre), las de son histoire de village englouti dans le lac, le journaliste se plaint par exemple qu’il ne se produise que des suicides pour alimenter l’actualité, le photographe qui instille le doute, puis l’obsession, dans l’esprit de Bernard, ne pouvait être que bossu. La fin du film laisse un peu perplexe mais le déroulement est absolument formidable, un vrai régal pour ceux qui aiment l'étrange et le sombre, les hypothèses se succèdent dans les méandres de la folie de l'esprit humain quand il cherche et ne trouve pas, la voix off du personnage principal démontre une vie intérieure intense, un tourment très fort qu’il partage avec d’autres, la photographie naturaliste des visages est magnifique, particulièrement ceux des femmes mais aussi celui de l'ivrogne, extraordinaire. On ajoutera pour conclure une petite mention à cette drôle de musique composée par l’oncle de Franco Rossellini, lui-même neveu du grand Roberto Rossellini.

1 co / scénariste de tonnes de films que nous adorons, de L’Effroyable secret du Dr. Hichcock à Pizza Connection en passant par Seul contre Rome, La Vierge de Nuremberg, Le Corps et le fouet, La Sorcière sanglante, Opération Goldman, Le Temps des vautours, Le Jour de la haine, Le Dernier jour de la colère, Arizona se déchaîne, L'Etrange vice de Mme Wardh, La Queue du scorpion, Toutes les couleurs du vice, Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clé, Une raison pour vivre, une raison pour mourir, Torso, Polices parallèles, Mon nom est Personne, La Rançon de la peur, L’Homme sans mémoire, Un Génie, deux associés, une cloche, Le Cynique, l'infâme, le violent, 2019 après la chute de New York, pas mal non ? Et on aurait pu en mettre plus, ça te fera de quoi commencer !

Les mots-clés :

Vous aimerez sûrement...

Quelques chroniques en vrac

metal industriel nin cd
wild karma rockabilly rock'n'roll garage vinyle
cousteau malle monde du silence film